Les faux mythes sur le repos
On parle beaucoup de performance.
On parle de productivité, de gestion du temps, d'organisation, de discipline..de constance.
Mais on parle beaucoup moins de récupération.
Pourtant, c'est souvent là que tout se joue.
Parce qu'on peut avoir le meilleur agenda du monde, les meilleures intentions, les meilleures stratégies… si le corps ne récupère jamais vraiment, il finit par envoyer des signaux.
Fatigue persistante
Irritabilité
Difficulté à se concentrer
Impression d'être toujours en retard, même quand tout est sous contrôle
Besoin de tout anticiper
Difficulté à décrocher
Et souvent, la première réaction est de se juger.
« Je devrais être capable. »
« Je manque peut-être de motivation. »
« Je dois mieux m'organiser. »
Mais si le problème n'était pas toujours l'organisation?
Et si, parfois, le problème était qu'on entretient de fausses croyances sur le repos?
Mythe 1 : Se reposer, c'est ne rien faire
C'est probablement l'un des mythes les plus fréquents.
On pense qu'une soirée devant la télévision, une journée sans travail ou un moment passé sur le divan équivaut automatiquement à du repos.
Parfois, oui, mais pas toujours.
Parce que le corps peut être immobile alors que le système nerveux, lui, reste activé.
On peut être assis, mais continuer à anticiper.
On peut être couché, mais continuer à ruminer.
On peut regarder une série, mais rester intérieurement tendu.
Le repos n'est donc pas seulement une absence d'action, c'est un état.
Un état dans lequel le corps reçoit suffisamment de signaux de sécurité pour relâcher un peu la vigilance.
Et c'est là que la nuance devient importante.
Certaines personnes ne manquent pas de temps pour se reposer.
Elles manquent d'accès à un vrai état de récupération.
Mythe 2 : Dormir plus règle toujours le problème
Le sommeil est essentiel, on ne peut pas le contourner.
Mais il ne règle pas tout.
Il arrive que des personnes dorment sept, huit ou même neuf heures… et se réveillent encore fatiguées.
Ce n'est pas nécessairement parce qu'elles dorment mal.
Parfois, c'est parce que leur système fonctionne depuis trop longtemps en arrière-plan.
Comme si le corps avait passé la nuit à recharger une batterie qui se vide presque aussi vite qu'elle se remplit.
Quand le système nerveux reste en mode vigilance, même subtilement, la récupération peut être moins profonde.
Le sommeil aide, mais il ne remplace pas toujours le besoin de sécurité, de calme, de lenteur et d'espace mental.
Mythe 3 : Les vacances suffisent à récupérer
On attend souvent les vacances comme une solution miracle.
On se dit :
« Je vais tenir jusqu'à mes vacances. »
Puis les vacances arrivent.
Les premiers jours, le corps descend un peu.
Mais la tête, elle, continue.
On pense aux courriels
À ce qu'on devra reprendre au retour
Aux choses à organiser
Aux obligations familiales
Aux projets qu'on veut absolument avancer pendant qu'on a enfin du temps
Et parfois, les vacances deviennent elles aussi une performance.
Il faut en profiter.
Il faut voir du monde.
Il faut faire des activités.
Il faut se créer des souvenirs.
Il faut revenir reposé.
Même le repos devient quelque chose à réussir.
Mais un système nerveux qui a été en alerte pendant des mois ne se régule pas toujours simplement parce qu'on change de décor.
Les vacances peuvent aider.
Elles peuvent créer de l'espace.
Elles peuvent offrir des moments précieux.
Mais elles ne remplacent pas l'apprentissage de la récupération au quotidien.
Mythe 4 : Si je suis fatigué, c'est que je manque de volonté
Celui-là me touche particulièrement.
Parce que plusieurs personnes fatiguées ne sont pas des personnes qui manquent de volonté.
Au contraire.
Ce sont souvent des personnes qui ont tenu longtemps, très longtemps.
Elles ont continué malgré la surcharge.
Elles ont répondu présentes.
Elles ont livré.
Elles ont porté.
Elles ont pris sur elles.
Et quand le corps commence enfin à dire non, elles interprètent ça comme un manque de discipline.
Alors qu'il s'agit parfois d'un signal de protection.
Le corps ne cherche pas à saboter, il cherche à préserver ce qui reste d'énergie.
La fatigue n'est pas toujours un obstacle à combattre, parfois, c'est une information à écouter.
Mythe 5 : Je récupérerai plus tard
C'est probablement le mythe le plus dangereux, parce qu'il semble raisonnable.
« Je vais me reposer après ce projet. »
« Je vais ralentir après cette période. »
« Je vais prendre soin de moi quand ça sera moins intense. »
Le problème, c'est que pour plusieurs personnes, le « plus tard » est toujours repoussé.
Il y a toujours une autre urgence.
Une autre demande.
Une autre responsabilité.
Un autre dossier.
Et tranquillement, le corps apprend que la récupération n'est jamais prioritaire.
Jusqu'au jour où ce n'est plus une option.
C'est souvent là qu'on réalise que le repos n'est pas un luxe.
Ce n'est pas une récompense après avoir tout donné.
C'est une condition de base pour continuer à avancer sans s'épuiser.
Repenser le repos
À mes yeux, le vrai repos commence souvent par une question simple :
« Est-ce que mon corps se sent réellement en sécurité pour relâcher? »
Pas seulement :
« Est-ce que j'ai du temps libre? »
Parce que le temps libre ne garantit pas la récupération.
Une pause dans l'agenda ne signifie pas toujours une pause dans le système nerveux.
Et c'est pour cette raison que plusieurs personnes ont l'impression de faire tout ce qu'il faut… sans vraiment retrouver leur énergie.
Elles ne sont pas paresseuses.
Elles ne sont pas faibles.
Elles ne sont pas moins compétentes.
Elles ont peut-être simplement besoin de comprendre autrement ce que leur corps essaie de leur dire.
Cet été, j'ai envie de revenir à des choses simples.
Des observations.
Des prises de conscience.
Des outils concrets.
Pas pour ajouter une autre tâche à votre quotidien.
Mais pour remettre un peu de calme là où tout va souvent trop vite.
Parce que récupérer, ce n'est pas disparaître du monde.
C'est retrouver assez d'espace en soi pour y revenir autrement.
En écrivant cette infolettre, je me suis rendu compte d'une chose.
Le repos n'est qu'une pièce du casse-tête.
Derrière lui se cachent tellement d'autres questions.
Pourquoi certaines personnes récupèrent facilement alors que d'autres ont l'impression de rester constamment en mode « marche »?
Pourquoi est-il si difficile de ralentir sans culpabiliser?
Pourquoi notre cerveau semble parfois incapable de décrocher, même lorsque tout va bien?
Et surtout...
Comment retrouver un peu plus d'espace intérieur, sans avoir à transformer ça en un autre projet à réussir?
Ce sont des questions qui m'habitent depuis longtemps.
Alors, plutôt que de les survoler en une seule publication, j'ai envie de prendre le temps.
Au cours des prochaines semaines, je vous proposerai une série de réflexions inspirées de ce que j'observe en accompagnement, de ce que les neurosciences nous apprennent et de ce que nous vivons, tout simplement, comme êtres humains.
Pas pour trouver la recette parfaite.
Mais pour mieux comprendre ce qui se passe en nous.
Parce que lorsqu'on comprend, on se juge souvent un peu moins.
Et c'est parfois là que les vrais changements commencent.
D'ici là, je vous laisse avec une seule question.
👉 À quand remonte la dernière fois où vous vous êtes senti profondément reposé... pas seulement physiquement, mais intérieurement?

