Et si on arrêtait de vouloir réussir nos vacances?
Les vacances ont quelque chose de paradoxal.
Pendant des mois, on les attend, on se dit qu'on va enfin ralentir.
Qu'on prendra le temps de lire, de marcher, de prendre un café qui ne refroidira pas parce qu'on répond à un courriel entre deux gorgées.
Puis les vacances arrivent et parfois, ce n'est pas du tout ce qui se passe.
On continue de regarder l'heure, on pense à ce qu'on pourrait avancer et on se dit qu'il faudrait profiter de cette journée-là parce que demain, il annonce de la pluie.
On planifie les sorties, on réserve, on optimise.
On veut tellement réussir nos vacances... qu'on finit parfois par les remplir comme on remplissait notre agenda. Je me reconnais tellement là-dedans.
Pendant longtemps, je croyais qu'une bonne journée de vacances était une journée où j'avais fait plein de choses.
Une randonnée.
Une visite.
Un bon repas.
Une sortie.
Une activité.
Je voulais rentrer chez moi avec l'impression d'avoir « profité ».
Puis un été, je me suis surprise à regarder mon horaire de vacances, oui... mon horaire de vacances. Je me suis mise à rire.
Parce que je venais de recréer exactement ce que j'avais essayé de quitter.
Le vide me rendait inconfortable.
Je pensais que j'aimais être occupée. Avec le temps, je me suis demandé si ce n'était pas plutôt le vide qui me rendait inconfortable.
Quand une heure se libérait, je trouvais spontanément quelque chose à faire
Je rangeais un tiroir.
Je répondais à quelques messages.
Je préparais une conférence.
Je regardais rapidement mes courriels.
Je trouvais toujours une bonne raison.
Et je réalisais rarement que ce n'était pas l'urgence qui me faisait agir, c'était l'habitude.
Notre cerveau adore les habitudes et elles lui demandent moins d'effort.
Alors, quand on passe des mois à vivre dans un rythme où chaque minute est occupée, il est normal que le calme ne s'installe pas instantanément.
Le corps est en vacances, le cerveau, lui, continue souvent à fonctionner comme si demain était un lundi matin.
Je trouve que cette idée est rassurante. Elle nous rappelle qu'il n'y a rien de brisé chez nous, on est simplement en train d'apprendre un nouveau rythme.
Et comme tous les apprentissages...ça demande un peu de temps.
Est-ce qu'on sait encore ne rien faire?
L'autre jour, j'étais assise dehors avec un café, il faisait beau.
Je n'avais absolument rien de prévu.
J'ai regardé autour de moi.
J'ai entendu les oiseaux.
Le vent dans les arbres.
Des enfants qui jouaient un peu plus loin.
Puis, presque sans m'en rendre compte, j'ai pris mon téléphone.
Je l'ai déverrouillé.
Je l'ai regardé quelques secondes.
Et je l'ai reposé.
Je n'avais aucune raison de le prendre, je l'avais fait automatiquement. Ce petit geste m'a fait réfléchir.
À quel moment avons-nous cessé d'être simplement là où nous sommes?
À quel moment chaque instant vide est-il devenu un espace qu'il fallait remplir?
Je n'ai pas la réponse, mais je sais une chose.
Je n'ai plus envie que mes vacances ressemblent à une course contre le temps.
Cet été, j'essaie autre chose.
Pas une nouvelle méthode, pas un défi et encore moins une liste de bonnes habitudes.
Je veux simplement essayer d'être un peu plus présente.
Finir mon café avant de penser à la vaisselle.
Marcher sans regarder combien de kilomètres j'ai fait.
Lire quelques pages sans vérifier mon téléphone.
Regarder un coucher de soleil sans ressentir le besoin de le publier.
Je ne réussi pas à chaque fois et ce n'est pas l'objectif.
Je veux seulement retrouver tranquillement une façon d'habiter mes journées, sans avoir constamment l'impression qu'elles doivent être utiles.
🌿 Une minute pour soi
Cette semaine, je vous propose une toute petite expérience.
Choisissez un moment de dix minutes, pas plus.
Asseyez-vous dehors.
Avec un café ou un thé.
Sans musique, sans téléphone.
Sans livre, sans objectif.
Observez simplement ce qui se passe.
Peut-être que vous trouverez ça agréable.
Peut-être que vous trouverez ça difficile.
Les deux réponses sont parfaites.
Parce que cette expérience ne sert pas à réussir quelque chose, elle sert simplement à mieux vous connaître.
Avant de vous quitter, j'aimerais vous laisser avec une pensée qui m'accompagne souvent.
On passe beaucoup de temps à apprendre à être efficace.
On apprend beaucoup moins à être présent et pourtant...
Je me demande parfois si ce n'est pas cette deuxième compétence qui change le plus une vie.
Je vous souhaite un été où vous n'aurez pas besoin de mériter vos moments de repos.
Un été où vous aurez simplement le droit de les vivre.
À la semaine prochaine.
Complétez cette phrase spontanément : « Pour moi, des vacances réussies, c'est... » Je suis certaine qu'il y aura autant de réponses que de façons de vivre l'été.

